À la fin du XIIe siècle, un texte « le Glanville » vient incarner la transformation du royaume d’Angleterre. Attribué à Ranulf de Glanville (mort en 1190), Justicier en Chef (Chief Justiciar) d’Henri II (Chief Justiciar), de 1180 à 1189, agissant comme principal ministre et chef de l'administration judiciaire, il expose les bases d’une justice royale cohérente et uniforme.
Ce document fondamental incarne la nouvelle justice royale cohérente et uniforme qu’Henri II impose à l’Angleterre : en codifiant et en clarifiant les procédures des cours royales, il jette les bases de la Common Law anglaise. Désigné, selon un usage courant, par le nom de celui auquel on l’attribue — le « Glanville » —, il marque une étape décisive dans l’affirmation de l’autorité judiciaire du pouvoir monarchique.
C'est finalement le fils de Mathilde et de Geoffroy, le jeune et charismatique Henri Plantagenêt, qui parvint à s'imposer. Fort de la détermination de sa mère et de l'énergie de son père, il cumula les héritages (Normandie, Anjou) et scella son destin par un mariage audacieux avec Aliénor d'Aquitaine, l'ex-reine de France, s'assurant ainsi la possession d'un immense empire s'étendant des Pyrénées à la frontière écossaise. Cet assemblage de territoires, combiné au décès du fils d'Etienne de Blois puis à la reconnaissance d'Henri comme héritier en 1153 à Wallingford, mit fin à la guerre civile et à l'ère de l'Anarchie. Le 19 décembre 1154, Henri II devint le premier roi Plantagenêt d'Angleterre. Sa priorité absolue fut de restaurer l'ordre et la paix dans un royaume exsangue, ce qu'il entreprit immédiatement en faisant démolir les châteaux illégaux et, surtout, en s'attaquant à la loi. Le règne d'Henri II Plantagenêt s'ouvre ainsi sur une nécessité impérieuse de rétablir l'autorité royale, tâche qu'il initiera par la restauration judiciaire concrétisée par le célèbre Tractatus de gibus connu sous le nom de « Glanville », posant les premières pierres d'un système juridique et qui allait asseoir durablement la puissance de sa dynastie.
Henri II établi des cours centrales à Westminster et envoie des juges royaux, nouvellement nommés, faire le tour du pays. Ces juges itinérants se réunissent régulièrement et acceptent d’appliquer leurs décisions respectives cela permet d’uniformiser la loi en Angleterre. Une nouvelle façon de penser la législation émerge alors. Les lois évoluent par l’application des précédents ainsi que de décrets royaux.
Les conflits relatifs à la terre étaient très répandus dans cette société agraire. Traditionnellement, ces disputes se terminaient en duels judiciaires ou les adversaires échangeaient des coups pour régler leurs différends. Seul le roi était autorisé à rassembler un groupe d’hommes pour rendre un verdict sous serment. De fait, la justice royale permet d’offrir une alternative non violente que ne permettaient pas les cours des baronnies. Un procès avec un jury : « … tout homme libre est autorisé à conserver ses droits sur ses terres et à éviter l’issue incertaine d’un duel… ». Une fois les douze chevaliers désignés, ils seront convoqués par la cour où ils devront décider, sous serment, quelle partie est dans son bon droit. Cette révolution juridique est motivée par les ambitions royales et dynastiques d’Henri II mais elle pose néanmoins les jalons de la Common Law, le système qui continu encore, aujourd’hui, à gouverner les pratiques et les procédures juridiques en Angleterre et aux Etats Unis. Le meurtre de Thomas Becket en 1170, détruit la réputation d’Henri II en France.
Henri lutte pour conserver son immense empire d’un seul tenant, il déborde d’énergie et ne reste jamais très longtemps au même endroit. Louis VII, le décrit en ses termes : « Un jour en Angleterre, un autre en Normandie, il doit voler plutôt que de voyager en bateau ou à cheval ! ». Le roi de France ne rate jamais une occasion de mettre le feu aux poudres entre les Plantagenêt. Il n’a toujours pas digéré le mariage entre Aliénor et Henri II. Aliénor elle-même ne facilite pas les choses. Bien qu’elle soit la reine d’Henri, elle n’est pas toujours de son côté.
A vrai dire, la plus grande menace pour Henri II provient de son épouse et de ses enfants. Henri et Aliénor ont eu trois filles et cinq fils ensembles. Quatre fils atteignent l’âge adulte : Henri, Richard, Geoffroy et le cadet, qui est aussi le préféré du roi, Jean. Après la naissance de Jean, Aliénor retourne en Aquitaine. Elle s’escrime pour que son fils préféré, Richard, soit couronné Duc. Son but est de régner sur sa terre natale en son nom mais Henri frustre Aliénor et son adolescent de fils.
Les fils Plantagenêt ont hâte de tâter de l’exercice du pouvoir. Ils ont été élevés pour commander, sont entraîner aux arts mortels de la guerre ; souvent leurs mariages politiques ont été arrangés dès l’enfance. A l’âge de vingt ans, Henri lui-même régnait sur la moitié de la France et le trône d’Angleterre lui était promis. Ses fils sont tout aussi ambitieux.
Henri, l’ainé d’Aliénor et d’Henri II, dit aussi Henri « le Jeune », déclenche le premier conflit majeur de la famille Plantagenêt. Bien que son père ait accepté de le couronner roi conjoint d’Angleterre, il lui refuse toute autorité et toutes sources de revenus indépendantes. Encouragé par le roi de France, Henri le Jeune mène une rébellion contre son père. Ses jeunes frère, Richard et Geoffroy, y prennent eux aussi part. Ils sont l’appui de comtes français mécontents ainsi que de certains des comtes les plus puissants d’Angleterre. C’est ensuite au tour d’Aliénor de se joindre à eux.
Les rois du moyen-âge ont souvent affaire à des fils rebelles. Une rébellion de reine est un cas de figure bien plus rare et d’autant plus choquant. Lorsque Aliénor est surprise en train de traverser la France, pour rejoindre ses fils, Henri y voit la pire trahison possible. Pire encore ! Elle est déguisée en homme lors de sa tentative.
C'est en 1964, au cœur des falaises qui soutiennent la forteresse des Plantagenêt à Chinon, que le passé a refait surface. Dans le silence de la chapelle Sainte-Radegonde — un sanctuaire creusé à même la roche depuis l'époque romaine — des chercheurs ont mis au jour un trésor oublié. Sous d'épaisses couches de poussière accumulées par les siècles, une fresque magistrale du XIIe siècle a enfin retrouvé la lumière.
De l’avis général, elle représente les Plantagenêt. Leurs capes portent le même motif bleu et blanc que l’on trouve sur la plaque commémorative de Geoffroy Plantagenêt père. Leur identité reste floue mais il pourrait s’agir d’Henri II et de ses quatre enfants. Le premier personnage couronné serait Henri II et l’autre personnage couronné, Henri le Jeune, le seul fils d’un roi anglais à avoir été couronné du vivant de son père. Cependant, selon un chercheur, il s’agirait d’Aliénor d’Aquitaine escortée jusqu’à son lieu de détention en Angleterre. Son mari l’y garde prisonnière durant les seize ans vont suivre.
La némésis d’Henri, Louis VII, meurt en 1180 mais les anciennes querelles entre les Plantagenêt et la monarchie française continuent sous le règne de son fils, Philippe Auguste. Ce dernier pousse Henri le Jeune et son frère Geoffroy à se rebeller à nouveau. Cette fois-ci, ils s’en prennent à leur frère, Richard. Ils s’attaquent à son duché d’Aquitaine et occupe la ville de Limoges. Henri II marche sur la ville et monte sur les remparts à cheval dans l’espoir de résonner ses fils. Henri le Jeune ordonne à ses archets de tirer sur son propre père. Une flèche est à deux doigts de toucher le roi.
Quelques mois plus tard Henri le Jeune est pris de dysenterie. Combattre le roi et son propre père est à l’époque perçu comme un péché. Henri le Jeune est persuadé que sa maladie est une punition divine. Pour faire pénitence, il fait don de toutes ses possessions, il s’allonge sur un lit de cendres vêtu d’une tunique de crin et comme un vulgaire criminel, il a un nœud coulant autour du cou. Henri le Jeune meurt avec pour seul possession une bague de saphir que son père lui avait envoyé en signe de pardon. Lorsqu’il apprend la mort de son ainé, le roi Henri II s’exclame : « il m’a beaucoup coûté mais j’aurais préféré qu’il me coûte davantage et qu’il vive ! ».
C’est maintenant au tour de Richard de trahir son père. Encore une fois, le roi de France est l’allié du traître de la famille. Ensembles, ils passent l’été à la poursuite d’Henri II tout autour de la France. Ils finissent par l’assiéger sur son lieu de naissance, le Mans. Afin de couper les provisions des assaillants et de les empêcher d’établir une base, Henri II fait brûler la partie de la ville située au-delà des remparts. Toutefois, le vent tourne et les flammes sautent au-dessus de ces anciens murs romains et atteignent la ville. Henri II est forcé d’abandonner le Mans. Malade et épuisé, il doit se soumettre à son traître de fils. Néanmoins, en donnant à Richard le baiser de paix il lui murmure à l’oreille : « Dieu fasse que je ne meurs point avant de m’être vengé de toi ! ».
Trop souffrant pour marcher, Henri II est transporté au château de Chinon. Il reçoit la liste des noms de tous ceux qui se sont rebellés contre lui. Elle commence par celui de son plus jeune fils qui est aussi son préféré. Il demande : « Est-ce vrai que Jean, que j’ai plus aimé que tous mes autres fils, m’a abandonné ? ». Le 6 juillet 1189, trahi par sa femme et tous ses fils, Henri II, le premier roi d’Angleterre de la dynastie des Plantagenêt meurt. On dit que ses derniers mots furent « La honte, la honte sur un roi vaincu ».
Le corps d’Henri II est inhumé dans Abbaye Royale de Fontevraud, en Anjou. Le futur des Plantagenêt repose à présent entre les mains de Richard, un guerrier dynamique et assoiffé de sang. Un des courtisans de Richard dira de lui : « Il n’était que furie les armes à la main, il n’aime voyager que sur routes trempées de sang ! ». Pourtant en arrivant à Fontevraud pour veiller sur la dépouille de son père, il aurait pleuré des larmes d’amertumes sur ce roi qu’il a trahi. A ce moment-là du sang aurait commencé à couler des narines du roi décédé. Selon les croyances médiévales cela témoignait, à coup sûr de la présence d’un assassin.
Ce fils perfide deviendra le héros anglais connu sous le nom de Richard Cœur de Lion. Pourtant il parle à peine quelques mots d’anglais. Il ne visite son royaume qu’une brève fois pour son couronnement et au cours de ses dix ans de règne, passe à peine six mois dans le pays. Dès son couronnement, Richard fait libérer sa mère et il en fait la régente d’Angleterre.
Richard, le fils préféré d’Aliénor, lui donne le pouvoir de faire tout ce qu’elle souhaite dans le pays. De son côté, l’Angleterre, est surtout une source de revenus pour financer ces guerres destinées à renforcer le pouvoir des Plantagenêt en France ou pour se couvrir de gloire et de mérite spirituel lors des croisades. Richard Cœur de Lion, dira un jour : « Si je trouvais un acheteur, je vendrais Londres. ».
L’Europe est prise par la frénésie des croisades depuis que Jérusalem est tombé entre les mains des forces musulmanes de saladin. Le prestige, lié à la reconquête de la ville sainte est irrésistible pour le belliqueux nouveau roi d’Angleterre. Philippe Auguste, le roi de France, fait aussi le serment de partir en croisade. Les deux rois arrangent une rencontre à l’Abbaye de Vézelay, en Bourgogne.
Les chroniques de la troisième croisade décrivent comment les collines et les vallées étaient couvertes des tentes et des pavillons de deux immenses armées. On aurait dit une nouvelle ville.
Richard et Philippe Auguste passent deux jours à préparer la campagne. Pour eux, la croisade est un pèlerinage les armes à la main. Les épreuves traversées leurs vaudront l’absolution de leurs péchés. Ils font le serment sacré de se répartir le butin de guerre de façon égale. Deux immenses armées de pèlerins se dirigent vers la terre sainte. En chemin, toutefois, la grande alliance forgée à Vézelay tourne au vinaigre.
En Sicile, Richard créé un scandale en revenant sur ses fiançailles avec la sœur du roi de France. La vieille querelle entre les Plantagenêt et la monarchie française repart de plus belle. Les armées se séparent alors pour faire le chemin jusqu’à la terre sainte. Philippe Auguste arrive le premier. Il prête main forte au siège par les croisées du port stratégique d’Acre. L’armée des Plantagenêt arrive sept semaines plus tard. Richard prend la tête des opérations et réorganise l’offensive chancelante.
La férocité de Richard Ier est déjà légendaire. L’un des administrateurs de saladin écrit de lui : « Le roi d’Angleterre est un homme très puissant, il est déterminé et courageux, à combattu dans de nombreuses batailles et brûle de passion pour la guerre ! ». Les mères musulmanes menacent les enfants en ces termes : « Comporte-toi bien ou le roi d’Angleterre t’attrapera ! ». Deux mois après son arrivée, la ville qui avait tenu pendant deux ans se rend. Une nouvelle fois, un roi français est humilié par un Plantagenêt. Philippe Auguste annonce que sa croisade est terminée et retourne en France. Richard, continu le combat mais son arrogance lui vaut l’inimitié de nombreux anciens alliés.
Dix-huit mois plus tard, il retourne au pays. Toutefois, sur le chemin, il est capturé par le Duc d’Autriche, l’un des nombreux ennemis qu’il s’est fait en terre sainte. L’empire des Plantagenêt est entre les mains de sa mère et de son frère cadet, Jean.
A suivre… Prochainement : Tandis que Richard, retenu loin de son royaume, ne peut plus exercer son autorité, l’empire des Plantagenêt repose entre les mains de sa mère Aliénor d'Aquitaine et de son frère Jean (sans terres), dont les ambitions naissantes annoncent déjà de nouvelles tensions au sommet du pouvoir.
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